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16 septembre 2015

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Les œuvres de Romain Froquet sont une invitation à la fantaisie et à la singularité issues de son propre subconscient. Froquet, artiste autodidacte, dirige sa passion pour le dessin vers des médiums divers sans préjugés. Il est aussi à l’aise en faisant de la peinture sur chevalet que dans la rue, recouvrant les murs des quartiers perdus et lugubres de la ville ou créant des œuvres in situ. Il désire s’exprimer avec ou sans public, en choisissant parfois des zones urbaines obscures pour habiller les murs de ses représentations arboriformes délicates qui donnent de la couleur et de la joie à un décor autrement maussade. Ni la surface ni la visibilité des installations n’ont d’importance. Il se présente ici comme un artiste éphémère et un interprète –c’est son processus qui devient primordial et non l’affichage public en soi.

L’œuvre de Froquet est une condensation de complexités. Son combat constant pour concilier l’abstrait et le figuratif le pousse vers un état d’esprit quasiment surréaliste où l’accomplissement de l’œuvre d’art n’est plus le but primordial mais le véhicule pour un motif ultérieur. Ce dernier mouvement, motif de sa quête, devient un canot de sauvetage qui le transporte sans cesse vers de nouvelles expérimentations. Chaque nouveau dessin, peinture ou intervention éphémère devient la relique qui nourrit et préserve la recherche, la gestuelle et l’expérience. A chaque nouvelle pièce naît un espoir de renouvellement, un pèlerinage artistique aboutissant à un résultat toujours sujet aux aléas de tous les éléments combinés –l’orage parfait. Il est tourmenté par son désir de liberté vis-à-vis de la rigueur classique ; cela se reflète dans ses dessins manga colorés, qu’il marie délicatement à la stylisation d’éléments figuratifs. Froquet reste, néanmoins, fidèle à l’exactitude et à la perfection dictées par les architectures et les relations spatiales. Son état émotionnel, son inspiration et le besoin constant de gestuelle, de ligne et de mouvement continuel rappellent les abstractions nerveuses et excitées de Pollock et de Riopelle.

Les références abondent dans les œuvres d’art créées par ce jeune autodidacte possédant une âme ancienne. C’est pourtant l’œuvre d’Arshile Gorky que je retrouve le plus clairement imprégnée dans son trait. Gorky insista sur la projection d’idées de son passé et de son histoire personnelle à travers une technique novatrice à une époque où l’on croyait avoir tout dit sur l’abstraction. Il n’avait pas peur de référencer et de réinventer des styles et des traits anciens de ses contemporains tels Pollock et De Kooning. Il a clairement exprimé sa pensée dans ses nombreuses citations : « L’abstraction permet à l’homme de voir avec son esprit ce qu’il ne saurait voir physiquement avec ses yeux… L’art abstrait donne à l’artiste le pouvoir de percevoir au-delà du tangible, d’extraire l’infini du fini. C’est l’émancipation de l’esprit. C’est une explosion vers des territoires inconnus. »

Face à une telle implosion de styles et de références, le spectateur sent, dans l’œuvre de Romain Froquet, un respect et une compréhension envers ce qui a fait le passé, et, principalement, envers ce qu’il adviendra. C’est une doublure précise, parfaisant et enrichissant ses œuvres au travers des forces et des faiblesses de l’histoire de l’art passée et actuelle. Néanmoins ses créations sont les culminations de son propre patrimoine artistique, de sa persévérance, d’une production prolifique et d’une autocritique sincère. Romain Froquet apporte à l’art une proposition nouvelle qui mérite d’être suivie de près, et poursuit dans ce processus sa propre bataille personnelle entre le geste et la ligne. Cela ne sera pas facile, soyons-en sûrs, mais sans bataille point de vainqueur. Qui a dit cela déjà ?

Yvonamor Palix

 

The works of Romain Froquet are an invitation to the fantasy and the uniqueness of a universe stemming from his own subconscious. Froquet, a self-taught artist directs his passion for drawing to diverse mediums without prejudice. He is as comfortable painting on an easel, or on the street enveloping the walls of lost dismal areas of town or creating site specific installations. He wishes to express himself with or without a public sometimes choosing obscure urban areas to dress the walls with his delicate tree like representations that bring color and joy to an otherwise gloomy background. The surface is of no importance nor the visibility of his installations, here he presents himself as an ephemeral artist and as a performer –it is his process that becomes paramount not the actual public display.

Froquet’s work is a condensation of complexities.   His constant struggle to conciliate the abstract with the figurative pushes him to an almost surreal state of mind whereby the completion of the artwork is no longer the primary goal but the vehicle to an ulterior motive. This finale for which he perseveres becomes a lifeboat that transports him constantly to new experimentation. Each new drawing, painting or ephemeral intervention becomes the relic that documents and preserves research, gesture and experience. With each new piece comes a hope for renewal, an artistic pilgrimage with a result always subject to the haphazard of all the elements combined- the perfect storm. Tormented by his desire for freedom from the classical rigors which are revealed in the colorful manga drawings he delicately marries to primitive African stylizations of figurative elements. Froquet remains however faithful to the exactitude and perfection dictated by architectures and spacial relations.   His mood, his inspiration and the constant need for gesture, line and continual movement recall the nervous and excited abstractions of Pollock and Riopelle.

References abound in the artworks created by this young autodidact with an old soul. It is Arshile Gorky’s work however that I can see most clearly impregnated in his stroke. Gorky insisted on projecting ideas from his past and personal history through a novel technique at a time period when all seemed to have been said in abstraction. He was unafraid to reference and to reinvent past styles and strokes of his contemporaries such as Pollock and De Kooning. He clearly stated his mindset in his many quotes. « Abstraction allows man to see with his mind what he cannot physically see with this eyes… Abstract art enables the artist to perceive beyond the tangible, to extract the infinite out of the finite. It is the emancipation of the mind. It is an explosion into the unknown areas. »

With such an implosion of styles and references the viewer senses a respect and understanding in the work of Romain Froquet for what has been before, but mostly for what is to come. He is an acute understudy honing and enriching his works through the strengths and the weakness of past and current art history, yet his creations are the culminations of his own artistic patrimony, of perseverance, prolific production and truthful self-critique Romain Froquet brings to art a new proposal that is worthy of a close following, continuing in this process his own personal battle between the gesture and the line. We can be reassured that it will not be easy, but where there is no battle there is no winner, who said this?

Yvonamor Palix